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Bas les masques !

Pénurie de masques : paroles populaires contre mensonge d’Etat

Le lundi 18 mai sur BFM TV Emmanuel Macron l’affirmait, la France « n’a jamais été en rupture » de masques de protection.

A l’écoute de ce discours, notre cœur se soulève dans notre poitrine. Il se soulève pour nos collègues soignant.es et personnel.les hospitalièr.es qui sont mort.es, au travail, à l’hôpital, en Ephad, en ville, car ils et elles n’ont pas été protégé.es.

Pour ces patient.e.s qui ont été contaminé.e.s et qui parfois en sont mort.es, car nous n’avions pas de stock de masques à distribuer.

Les masques ont manqué. Il y a eu pénurie et rupture et Emmanuel Macron persiste dans son mépris en niant notre parole collective. Ces masques ont manqué parce que le système néolibéral n’aime pas le stock. Il aime les flux, les échanges, le profit. Dépenser de l’argent pour stocker ces masques en cas de crise et sauver des vies ? Le système ne dépense pas de l’argent en l’air « au cas où », nos vies ne font pas le poids dans la balance. Nous en avons eu la preuve ces dernières semaines.



L’unité nationale ne se fera pas derrière vous, M. Macron, mais elle se fera, soyez en sûr. Nous ne voulons pas nous désunir, au contraire. Nous nous unirons par le partage de nos vécus, de notre souffrance, de nos peurs et de nos espoirs. Nous nous unirons parce que nous sommes en vie, tous et toutes, et fièr.es de la solidarité que nous avons avec nos proches, nos collègues, nos voisin.es.

Vous avez été de nombreux.ses soignant.es à témoigner de vos conditions de travail déplorables et des restrictions de matériel durant cette crise, faisant écho aux longs mois de mobilisation précédents. Une mobilisation pour la défense de l’hôpital public qui dénonçait le manque de moyens global à l’hôpital et dans la santé.

Nous n’oublions pas qu’au début de l’épidémie, en pleine pénurie de matériel, Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement, essayait de cacher l’incurie du pouvoir en nous expliquant que les masques n’étaient pas utiles pour la protection de la population et qu’il fallait avoir fait médecine pour savoir les utiliser correctement. Les masques étaient alors « réservés » aux soignants. En fait, ils ont manqué partout ; et partout, nous avons dû nous organiser presque seul.es pour faire face.

Aujourd’hui, le pouvoir veut nous faire croire que la pénurie est passée et le grand public doit, à ses frais, se fournir en masques pour pouvoir prendre les transports ou entrer dans un magasin. Ces mêmes masques qui manquaient sont désormais disponibles par millions en grandes surfaces alors qu’à l’hôpital, nous continuons à être rationnés !

Le système libéral qui nous gouverne a voulu nous faire croire que ces ressources étaient inutiles au moment où nous en avions le plus besoin car il était incapable de nous en fournir.

Désormais, ces ressources sont accaparées par le système marchand et nous sommes obligés de payer pour nous protéger.
De surcroît, les initiatives solidaires qui ont émergé partout et permis aux individus de se protéger et de s’entre-aider se voient interdites : les masques doivent répondre à des normes pour être commercialisés, et pour cela les couturières solidaires qui ont permis à nombre d’entre nous de se protéger doivent les faire tester à leurs frais pour pouvoir les vendre. Elles voient ainsi leur activité grandement impactée, sans aucune reconnaissance.

Le système libéral défendu par le pouvoir veut nous empêcher de nous organiser, et par-dessus le marché nous faire payer notre propre protection, ce qui est pourtant le rôle premier d’un État. Alors aujourd’hui, nous devons nous organiser pour lutter contre ce système qui échoue à nous protéger et qui clairement ne considère pas comme prioritaires les intérêts du peuple.

Nous recevons, par dizaines, des témoignages de personnels soignants, libéraux ou hospitaliers, qui nous montrent bien que oui, il y a bien eu pénurie et rupture, et que cette pénurie existe encore dans l’hôpital public. Ce manque de protection est une violence faite contre les professionnel.les de santé et les malades, et il a coûté des vies.

C’est pourquoi nous voulons vous présenter quelques extraits (de témoignages) :

 

Anonyme, CHU de Martinique, le 30 avril 2020

« Le gros du matériel est donné à la réanimation et aux équipes COVID : 1 surblouse pour la journée plus tablier plastique, masque ffp2 (généralement 1 seul pour la journée) et visière pour les soignants qui seront proches de la sphère ORL. Aux urgences, pour les médecins et infirmières qui accueillent les patients non suspects : 2 masques chirurgicaux par jour, pas de surblouse. En radiologie 2 masques et 1 surblouse pour la journée. (…) Au bloc pas de surblouse, 1 seul anesthésiste qui intube aura 1 masque ffp2 et visière pour la journée, donc il ne mange pas et ne boit pas, pour le reste du personnel c’est masque chirurgical.
Pour les libéraux, pas grand-chose de la part de l’ARS, nous avons reçu des masques périmés voire moisis. »

 

Anonyme, La Rochelle, le 3 mai 2020

« Nous travaillons sur l’hôpital Saint Louis à la Rochelle. (…) Hier 1er mai, nous nous sommes aperçus que les masques chirurgicaux fournis dans tous les services étaient périmés depuis 1 an, nouvel arrivage ce matin de 3 palettes de boîtes de masques : périmés eux aussi. Nous sommes écoeurés car la direction dit le faire avec l’aval de l’ARS ! La grande distribution vend des masques valables jusqu’en 2030 pour le grand public et nous, nous devons travailler avec des masques périmés. »

 

Maud Marie, Infirmière libérale dans les Pyrénées Orientales, le 5 mai 2020

« Quand je vois ce que nous avons vécu depuis 2 mois avec des restrictions de matériels : masques FFP2 périmés depuis 2009, moisis ou en mauvais état, pas de gants ni surblouses ni charlottes… Que je constate combien de professionnels sont morts par manque de matériel. Que mes patients n’ont plus d’aide ménagère depuis le 16 mars parce qu’elles n’ont pas non plus de protection pour travailler dans de bonnes conditions, que les kinés n’ont pas pu intervenir pour les mêmes raisons, que certains de mes patients n’ont plus droit à l’oxygène et seulement un extracteur puisque nous n’en produisons pas en France. Que mes patients qui sont déjà fragilisés de par leurs pathologies se retrouvent dans des conditions précaires. Quand je vois que 500 milliers de masques sont en vente actuellement, que les masques faits par des couturières sont proscrits par l’État car non conformes, j’ai la sensation que nous avons été pris pour des cons juste bons à aller au bûcher avec le sourire. »

 

Anonyme, kiné stagiaire, le 3 mai 2020

« En stage de kiné, début mars j’ai dû aller faire des séances de kiné respiratoire à des patients sans masques et sans aucune protection, c’était le nouveau règlement, les masques étaient réservés pour les Covid19. J’ai donc fait tousser et cracher des personnes sans aucune protection me trouvant à 50cm de leur visage. Finalement les masques, l’hôpital n’en a jamais vu la couleur! »

 

Noémie Brouillet, travailleuse en pharmacie, le 6 mai 2020

« Je suis écœurée de savoir que la grande distribution a pu se fournir en masques alors que les médecins, infirmières, kinés, pharmaciens avec qui je travaille tous les jours dans cette crise, n’ont pour certains pas eu plus de 6 masques par semaine pour exercer !!! Autant vous dire que dans les cliniques (où les médecins sont indépendants et ne sont globalement que peu fournis en masques), certains chirurgiens ont été contraints d’opérer avec un seul et même masque pendant toute la journée là où le bon respect des règles les obligerait à en changer toutes les 4h maximum…
(…) Certaines personnes ont fait dons de leurs stocks de masques devant les coups de gueule de quelques-uns, et on les en remercie !
(…) Parlons un peu des dotations prévues par l’État pour fournir le personnel soignant… L’une d’elles est arrivée, périmée depuis 2014 ! Mais nous n’avions que ça à fournir, donc c’est avec cela que des infirmières par exemple sont allées faire leurs soins à des patients fragiles; ou que des généralistes ont assuré leurs consultations auprès de malades soupçonnés Covid (sans pouvoir le confirmer car pas de test pour le tout un chacun !!!)…
(…) Lorsque nous voulions nous fournir des masques à l’extérieur du circuit prévu par l’HAS, toutes les commandes étaient bloquées et réquisitionnées pour les stocks d’État… C’est ainsi qu’une pharmacienne a payé une commande de 30 000€ de masques qu’elle n’a jamais reçue !
Il nous était interdit de fournir ou vendre des masques au grand public car les stocks étant trop tendus, il fallait privilégier les professions soignantes. C’est dans ce contexte que des aides à domicile, des policiers ou des pompiers n’ont pas pu obtenir de masques auprès de leurs propres autorités de santé…
Depuis dimanche dernier les pharmacies ont l’autorisation de vendre des masques aux particuliers et nous les avons bien entendu commandés dans cette optique dès cette annonce. A titre d’information en l’espace de 3 jours, nous avons réservé 1000 masques dans mon officine… Ils sont annoncés pour une livraison entre le 7 et le 10 Mai et nous les avons vendus à 5€ pièce (masques dits sanitaires répondant aux normes AFNOR et réutilisables car lavables environ 15 fois).
Les masques « chirurgicaux » que nous pouvons commander pour la vente proviennent obligatoirement de l’extérieur du territoire car les masques français sont maintenant réservés au personnel soignant, et nous les touchons environ 1€/pièce sauf si nous passons une commande de 10 000 masques auquel cas nous pouvons obtenir une remise de 20 centimes/pièce. Soit un prix de revient pour le pharmacien de 0,80€ par masque !
Alors que les négociations vont bon train pour obtenir des prix sur cet outil de santé publique et que nous nous battons depuis le début de la crise pour fournir des masques aux professions en première ligne, un géant annonce 175 000 000 de masques dans ses magasins dès lundi … Au prix de 0,69€ !!!!
D’où viennent ces masques? Quelles sont les garanties d’efficacité ? Et surtout, surtout, où étaient-ils quand nous étions en pénurie???!!! »

 

Anonyme, Sage-femme en région toulousaine

« Je suis sage femme dans la région Toulousaine, les 15 premiers jours du confinement je me suis débrouillée toute seule pour récupérer des masques et du gel hydroalcoolique (commande perso arrivée… 3 semaines après, ma cousine Kiné m’en a refilé de son cabinet fermé, une patiente m’a donné un bidon de gel…). Maintenant j’arrive à récupérer ma dotation de 18 masques chirurgicaux à la pharmacie. Mi avril, la préfecture a débloqué un stock de FFP2 à disposition des Sages-femmes du 31, et rebelote début Mai avec 2 visières : ces stocks de Ffp2 datent de 2001 et sont périmés, mais on se dit que ça sera mieux que rien. J’ai des masques en tissu de secours et toujours pas de surblouse, alors que les diverses recommandations qui tombent pour le déconfinement évoquent « 1 surblouse par visite ». Demain je vais faire 6 visites, 1 grossesse pathologique et 5 sorties de maternité. Je fais le maximum pour ne pas être vecteur et je vais me fabriquer des surblouses lavables. »

 

Anonyme, Infirmière en EHPAD, le 12 mai 2020

« Infirmières en EHPAD en journée de 12h30, nous sommes depuis le début de la crise limitées à 1 masque chirurgical par jour! Nous n’avons pas eu de cas pour le moment et heureusement! Car aucun matériel adéquat n’aura été fourni, seulement le droit à ce moment là de changer le masque (à des moments précis déterminés par la direction) et des petits tabliers qui ne couvrent même pas les manches…
Quand je vois les grandes surfaces autorisées à vendre des masques alors que nous, nous ne pouvons pas en changer pour protéger nos résidents j’ai le cœur qui fait mal et la colère qui monte…
J’aime mon métier et je n’en changerais pour rien au monde mais il est hors de question pour moi maintenant d’accepter de le faire dans des conditions inacceptables sans rien dire. »

 

Victoria, aide-soignante, le 27 mai 2020

« Aujourd’hui 27 mai je travaille à la clinique de la sauvegarde à Lyon et la cadre de santé vient de nous faire distribuer des masques faits en blouse jetable par des ASH et AS du bloc opératoire. Ce sont des masques artisanaux agrafés et non cousus. J’ai eu honte de les donner aux patients. A part ça la France n’a jamais été en pénurie de matériel, et il y a des masques pour tout le monde aujourd’hui. »

 

 

La pénurie de matériel relatée partout est avérée.

Le 21 avril, le Syndicat des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs publie une enquête : 20% des praticiens sondés disent manquer de masques FFP2, 50% manquent de blouses étanches, 68% manquent de gants.

Partout il apparaît que la course aux masques favorise les grands groupes industriels, au détriment des petits et surtout du peuple qui devra payer. Les prix des masques chirurgicaux ne sont encadrés que pour la durée de l’état d’urgence sanitaire et sont 5 à 10 fois plus chers qu’avant l’épidémie, car le système de marché libéral échoue à fournir des biens de première nécessité hors de cette logique marchande.
En mai, on apprend que la grande distribution a réalisé un chiffre d’affaire de 94 millions d’euros rien que sur la vente de masques.

Cette absence de protection élémentaire a entraîné la contamination au Covid19 de nombreux.ses soignant.es et personnels hospitaliers, dont certain.es sont mort.es.

Les autorités pour l’heure se refusent encore à en faire un recensement exhaustif. Rien d’étonnant, parce que nos mort.es sont autant de preuves de la faillite de l’État à nous protéger.

Au 28 avril, la Caisse Autonome de Retraite des Médecins de France recensait 4000 arrêts de travail et 21 décès chez les médecins libéraux et 10 chez les médecins hospitaliers.
Dans les Ehpad et établissement médicaux sociaux, 31 907 cas de contamination selon Santé Publique France au 23 avril.

 

Candice, aide-soignante en EHPAD, le 1er mai


« Les conditions de travail sont très difficiles et le salaire ne suit pas. Je suis aide-soignante en Ehpad, j’ai contracté le Covid car ils ne prenaient pas en compte l’état de santé des résidents. Nous avions juste un masque chirurgical et des gants pour nous protéger et 2 masques par jour sur une journée de 12heures. J’ai repris mon travail dans une unité Covid où la charge de travail est intense et très difficile à gérer et le salaire ne bouge pas . Merci à vous, il est temps d’agir. »

L’État a focalisé les maigres ressources en masques sur l’hôpital public, afin de pouvoir afficher une réussite de façade dans ce domaine. L’hôpital public se serait adapté, aurait innové, pour faire face à une situation sans précédent.

Certain.es professionnel.les de santé on été mis.es de côté dans cette crise par manque de moyens et, encore une fois, à cause de la pénurie de matériel de protection.

 

Flora Yahiaoui, ergothérapeute libérale à Savigny-le-Temple, le 4 mai 2020

« Je suis ergothérapeute libérale, et je suis inquiète, en colère, écoeurée, déprimée…
Je suis révoltée contre le ministère de la Santé qui pourtant nous a bien trouvés quand il s’agissait de renforcer la réserve sanitaire, les interventions à domicile au plus fort de l’épidémie et qui nous a « sollicités » hier pour les soins post-covid !!! Alors qu’il nous a aussi exclus de la liste des professionnels de santé pouvant obtenir du matériel de protection (masques, gants…) !! Comment accueillir nos patients, handicapés et fragiles, dans ces conditions ? Sans les ET nous mettre en situation de risque ?? 
Je suis inquiète car le déconfinement arrive dans une semaine, en zone rouge, et que je n’ai RIEN. RIEN reçu, RIEN à recevoir, car je ne suis RIEN. (A part un numéro pour remplir les caisses de l’Urssaf, de ma prévoyance, de mon assurance pro, de ma caisse de retraite… qui eux aussi se sont lâchement défilés). »

 

Un podologue en colère, le 3 mai 2020

« Nous sommes totalement exclus par le gouvernement dans les dotations de matériel.
 Le 16 mars nous avons fermé nos cabinets et nous avons redistribué notre matériel, masques, gants, aux professionnels de première ligne. Aujourd’hui on nous demande de reprendre le travail avec des prix multipliés par 10 chez nous fournisseurs, pas d’accès aux surblouses, charlottes, etc… Nous nous organisons tous avec nos moyens, masques en tissu, charlottes réutilisables, mais à quel prix. Que du mépris de Veran et de Philippe lors de leur discours où nous n’avons même pas été cités, aujourd’hui nous sommes à poil avec une forte demande de soins.
Nos gouvernants sont à vomir!!!!! »

 

Témoignage anonyme d’une kiné libérale, le 2 mai 2020

« Je voulais vous informer de la situation des kinés libéraux qui ont été pris pour des esclaves pendant cette crise : 
– le 16 mars nous avons eu ordre de fermer les cabinets de kiné de ville sous peine de poursuites
– quelques jours plus tard, ce même ordre nous rappellera que nous avions obligation de continuer des soins et donc de nous rendre disponibles par téléphone et mail à nos patients et d’assurer le suivi des exercices avec vidéo, documents écrits et autres. Évidemment aucune contrepartie financière pour le travail fourni. La télé consultation est maintenant autorisée pour les kinés mais que depuis quelques jours, avant il était interdit de facturer les conseils et le temps passé.
Les kinés ont donc eu l’ordre de travailler de force gratuitement et cela seulement car nous n’étions pas la priorité à équiper et que malgré la réouverture proche des cabinets et l’obligation de contact due à notre métier, aucune mesure n’a été prise pour nous aider à nous protéger.
Là encore, des ordres: vous faites comme ci ou ça et si vous ne trouvez pas ou n’avez pas les moyens de payer le matériel, restez fermés !!! »

 

Manon, aide à domicile, le 6 mai 2020

« Je suis aide à domicile et nos protections, on a dû se battre pour en avoir car nos chefs faisaient le tri du personnel, qui y avait le droit ou pas. Pas de masque, seulement en tissu et grâce à des femmes formidables qui ont donné du temps suite à l’interpellation du maire qui nous a beaucoup aidés.
1 topette de gel hydroalcoolique depuis le début de la crise sanitaire, encore un combat.
3 sur-chaussures et rien, rien d’autre que notre volonté d’aider, d’être là au quotidien et un sourire aux nerfs d’acier. Mais malheureusement cela ne suffit pas. »

La gestion de la crise du Covid s’est faite au détriment des autres soins. A l’hôpital, les services ont été réaffectés, réorganisés, les soins en ville suspendus, le suivi des patients également. Une situation qui montre bien que notre système de soin libéralisé est en grande difficulté pour faire face à une crise comme celle-ci sans diminuer la qualité des soins.
Le coronavirus a mobilisé toutes les ressources hospitalières pendant 2 mois et les dégâts sur la santé des patients sont déjà visibles.

 

Témoignage anonyme d’une orthophoniste libérale, le 4 mai 2020

« Je suis orthophoniste en libéral dans un cabinet médical pluridisciplinaire. Obligée d’avoir arrêté de travailler depuis le 17/03 car aucune protection. À l’heure actuelle nous ne sommes toujours sur aucune liste !
Pourtant les patients isolés, les patients sortant de soins cancéro, les patients neuro, sont toujours bien là, toujours malades et ont besoin de leur rééducation !
Nous n’avons aucune protection pour eux, pour nous. Et les patients post COVID vont avoir besoin de nous mais nous sommes invisibles pour le Ministère de la Santé !
Et à ces angoisses quotidiennes de contaminer, de mettre en danger, de savoir quand reprendre, comment, dans quelles conditions, d’avoir astiqué TOUT le cabinet qui sent autant la javel qu’une piscine municipale… »

 

Agnès, mère d’un jeune homme agoraphobe, le 4 mai 2020

« J’ai un fils de 20 ans qui souffre d’agoraphobie et de troubles schizoïdes (pour faire vite un trouble du repli sur soi où on se coupe de ses émotions et où on restreint au minimum ses relations sociales et familiales). Il est suivi au CMP (Centre Médico-Psychologique) d’Arnouville depuis un an. Depuis le début du confinement le CMP a fermé et n’assure plus que par le biais de l’hôpital les urgences. Le psy de mon fils est resté bloqué au Maroc en vacances depuis le début du confinement. A priori mon fils ne semble pas souffrir de la situation puisqu’il vit retiré et confiné dans sa chambre depuis 4 ans. Le problème est pourtant de taille. Depuis des mois on a tout mis en œuvre pour l’inciter à sortir et à s’ouvrir et là, la situation lui impose le contraire. Il régresse et retombe dans des schémas qu’on ne connaît que trop. Il ne voit aucun intérêt à sortir de sa chambre. Plus de suivi psy qui était pourtant bien soutenant et à l’horizon peu de perspectives de reprise d’un suivi au CMP alors que ça presse.
Le covid 19 et ce confinement sont en train de foutre en l’air des mois de boulot et de soutien psy qui avaient fait progresser mon fils. »

La crise du Covid a été très difficilement jugulée dans certains territoires, et cela s’est fait, par manque de moyens matériels et humains, au prix de vies humaines. Partout, des témoignages tentent de se faire entendre pour dénoncer le tri des patients aux services de réanimation, où dès l’appel au Samu pour les résidents d’Ehpad.

 

Témoignage anonyme

« C’était ça dans l’unité Covid où je bossais [un hôpital du 93]. Tous les patients de plus de 70ans notés « ntbr » [Not To Be Reanimated], les 3 premières semaines d’avril […] On a aussi perdu un patient de 53 ans qu’on n’a pas pu envoyer en réa parce qu’il avait un cancer du pancréas réfractaire aux traitements (chimio inefficace). Sans ce contexte, il aurait eu cette possibilité, car il avait un abcès du foie. Ç’aurait pu l’aider à passer cette phase. Sans certitude qu’il s’en sorte. Et aujourd’hui je bosse en gastro**, hors Covid officiellement. Du coup on est en sous effectif classique (1 infirmière pour 15 patients), comme hors covid, on n’a qu’un masque chirurgical en protection. Pas de surblouse, pas de charlotte, pas de ffp2. Patients diabétiques non testés au covid… »

De nombreux témoignages racontent aussi l’effet révélateur de cette pandémie sur les problèmes chroniques à l’hôpital et dans le système de santé en général, problèmes sur lesquels nombre de professionnels alertent et luttent depuis de longs mois.

 

Christine Gontier, infirmière

« Les isolements des patients ne sont pas arrivés avec le Covid, non à l’hôpital c’est notre quotidien. C’est notre quotidien d’aller négocier du matériel dans les autres services pour qu’ils nous dépannent, en comptant s’ils pourront eux mêmes fonctionner. La pénurie elle est QUOTIDIENNE. Les lits à négocier par les médecins aussi, par manque de lits d’aval. Les lits de réanimation qu’on priorise aussi. Ce n’est pas une situation exceptionnelle comme on essaie de vous le faire croire.
Pourquoi je dis que cette lutte est indécente ? Parce que le gouvernement a réussi à vous faire penser que cette situation que nous vivons en ce moment est exceptionnelle. 
Non, elle a lieu tous les ans à la même période et s’est lentement chronicisée.
Le démantèlement de l’hôpital par le gouvernement nous a rendus inaptes à répondre décemment à la demande de soins de la population en temps normal alors imaginez bien que pendant une épidémie, c’est pire.
Regardez les courbes de mortalité. Des morts il y en a tous les ans à la même période. Habituellement, vous n’êtes pas informés du nombre de morts. 
C’est pour cela que mes collègues et moi avons fait grève, avons rencontré le directeur pour nous donner quelques moyens supplémentaires en fin d’année dernière. 
Aujourd’hui, le pays se rend compte de notre détresse. 
Mais ce que je veux vous dire c’est qu’elle n’est pas épisodique, ne vous laissez pas tromper. Cette situation de crise que nous vivons avec ce coronavirus est CHRONIQUE. »

 

Elsa, infirmière dans le 93, le 16 mai 2020

« J’ai repris la blouse fin mars/début avril. J’ai travaillé en unité Covid pendant 3 semaines. On manque de matériel de base tel que pieds à perfusion, thermomètres, embouts de thermomètre, manomètres à oxygène. La première semaine nous avions des surblouses, à partir de la deuxième on devait en utiliser une par jour par soignant, la dernière on avait des kimonos et manchettes en sac poubelle.
Quant aux masques… délivrés au compte-goutte par les cadres, 1 par jour par soignant, périmés parfois depuis 2009.
L’unité a fermé et j’ai été transférée en endocrinologie, en enfer.
18 patients, 2 infirmières. J’ai eu droit à 4 jours d’intégration dans ce service très pointu. Nombreux protocoles exigeants et techniques (donc une tonne de paperasse chronophage), pansements d’amputation longs et complexes.
Impossible de répondre à la charge de travail. Mes collègues, épuisées, m’ont soutenue et rassurée. C’est comme ça pour tout le monde ici depuis 2 ans. Mais c’est plus lourd depuis 2 semaines. Ben oui, les patients diabétiques qui n’ont pas été soignés pendant le confinement arrivent dans des états très critiques. Ça veut dire avec des amputations infectées, des pieds nécrosés à amputer, des abcès.
Tous les jours nous alertons nos cadres et cadres sup de la dangerosité de ce sous effectif. Pas de réponse. (…)
J’ai l’impression d’être chez France Telecom.
J’ai jeté l’éponge hier, je ne peux plus travailler en me demandant quelle erreur je risque de commettre.
En CDD, je ne peux me permettre de démissionner au risque de perdre mes droits au chômage. Je suis en arrêt jusqu’à la fin de mon contrat.
Je suis triste, écoeurée, révoltée.
Mais au moins je ne fais plus de mal à personne. »

Alors, au gouvernement qui s’enorgueillit de sa gestion du Covid, pourtant catastrophique de bout en bout, nous imposons la réalité de nos vécus.

À celles et ceux qui aujourd’hui se félicitent que le beau pays qu’est la France assume les dépenses de santé des malades du Covid : nous savons d’où vient le système de solidarité qu’est la sécurité sociale, et il ne vient pas du néolibéralisme.

À celles et ceux qui félicitent le gouvernement de sa gestion de crise, du chômage partiel, de l’aide financière (minime) apportée à la population : tout cela vient après des luttes sans précédent, dans les facs, sur les ronds-points, dans les hôpitaux, les écoles, à la SNCF, dans les villes et les campagnes, depuis les Nuits debout jusqu’aux manifs retraite, en passant par les hôpitaux, les gilets jaunes et les écologistes. Ce sont ces luttes qui montrent au gouvernement ses responsabilités envers nous, et c’est cela et uniquement cela qui nous permet aujourd’hui d’avoir le peu que le gouvernement nous accorde. Lutter ce n’est pas désunir. Lutter c’est exister sur la scène publique, nous défendre face à ce système et mettre en avant le vivant.

 

Adèle, psychologue à la Salpêtrière, le 2 mai 2020

« Avis au gouvernement d’une soignante à l’hôpital public

La crise que nous traversons a rétabli pendant un temps la hiérarchie juste à l’hôpital public. Nous soignants connaissons notre métier, nous nous sommes partout réorganisés sur le terrain, nous avons géré les conflits et les manques, nous avons coopéré entre services et entre territoires. Nous avons pris les décisions et fait les choix qui s’imposaient et vous avez été plus souvent un obstacle qu’une aide. Il n’est pas question de retourner à une prise de décision verticale et hors sens. Nous savons comment doit se gérer l’hôpital public pour le bien des patients et le nôtre, nous n’avons pas besoin de vous, c’est vous qui avez besoin de nous. Nous avons compris notre force et nos capacités.

Nous ne sommes pas vos employés, mais ceux de tous nos concitoyens. Nous sommes au service des patients, vous êtes à notre service pour améliorer au mieux les prises en charge. C’est vous qui devez nous rendre des comptes.

Nous ne redeviendrons pas vos esclaves. »

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