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Bas les masques !

⛔️ Des directions qui ne prennent plus soins, ou la maltraitance des soignant.es qui dérangent.. ⛔️

⛔️ Des directions qui ne prennent plus soins, ou la maltraitance des soignant.es qui dérangent.. ⛔️
 
Nous vous partageons ici une tribune écrite en soutient à Anissa, aide soignante à l’EPHAD de Livry Gargan, lanceuse d’alerte au moment de la crise, où elle avait dénoncé publiquement le manque de moyens de protection dans son EPHAD et les risques ainsi encourus par les patient.es et les soignant.es.
 
A l’heure où le gouvernement se targue d’avoir entendu ce besoin de reconnaissance clamé par les soignant.es, le système néolibéral reste pourtant bien à l’oeuvre dans les établissements de santé. La fracture entre soignant.es et direction en est une image.
 
Et le gouvernement Macron a sa part de responsabilité : la loi du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique rend désormais accessibles aux non-fonctionnaires les postes de directeurs hospitaliers. C’était déjà le cas depuis la loi Bachelot de 2008, mais dans la limite de 10 % du corps des directeurs ; il n’y a désormais aucune limite.
Les décrets d’application prévoient que les nominations de directeurs ne soient plus décidées en concertation avec leurs représentants. À l’avenir, elles seront à « la main de l’État », les trois syndicats de directeurs qualifient cette réforme de « menace sans précédent ».
« Il y avait une transparence des procédures, un accompagnement des candidats, expliquent Anne Meunier et Maxime Morin. Mais pour ce gouvernement, la présence des syndicats est insupportable dans le parcours des fonctionnaires, il n’y a aucune reconnaissance du travail accompli. On assiste à un serrage de vis de l’ensemble de la fonction publique. » (Source : Médiapart)
 
Cette fracture, associé à un autoritarisme, nous fait craindre le pire pour l’avenir…
 
 
Non à l’amour, oui au soin…
 
« Les Français aiment leurs soignants. Chaque soir, pendant deux mois, ils les ont soutenus ; chaque soir, pendant deux mois, des applaudissements ont retenti dans nos villes et dans nos campagnes, pour leur dire la reconnaissance de toute la Nation. Dans les hôpitaux, dans les EHPAD, dans les cabinets et au domicile des malades, des femmes et des hommes ont été en première ligne d’une crise sanitaire qui a très durement frappé la France. Nous leur devons tant. »
Voici comment s’ouvre, dans ses « conclusions », le rapport du Ségur de la Santé (nous citons, très exactement et en son intégralité, le premier paragraphe du dossier de presse, datant de juillet 2020).
 
Ce préambule, à qui le devons-nous ? A Olivier Véran, Ministre de la Santé…
Sait-il, savez-vous, que pendant ce temps la direction de l’EHPAD de Livry-Gargan initiait une enquête administrative contre une soignante ? Contre celle qui a alerté sur le manque de moyens à la disposition des personnels et des résidents de cet établissement lors de la crise sanitaire. Contre celle qui, n’étant pas écoutée, s’est tournée, en désespoir de cause, vers les médias. En désespoir de cause…
 
« Les Français aiment leurs soignants ».
 
Mais voilà que nous découvrons que l’enquête administrative consiste à réunir les agents les plus effrayés de cet EHPAD afin de leur faire signer un document indiquant que tout s’est bien passé dans cette structure pendant l’épidémie…
 
« Les Français aiment leurs soignants ».
 
Voilà que nous découvrons que les agents ayant signé la pétition en soutien de cette soignante lanceuse d’alerte sont eux-mêmes menacés de sanctions…
Tandis que le Ministre de la Santé invoque l’amour, une direction terrifie les agents d’un EHPAD, elle soutient que des têtes vont tomber, qu’elle peut mordre, qu’elle peut licencier… Expressions que les agents concernés disent avoir entendu, expressions que l’on a déjà entendues ailleurs lorsqu’il s’agissait d’intimider… Et ce n’est pas tout…
 
Mais nous ne souhaitons pas rapporter davantage ces paroles de haine parce qu’Olivier Véran a déclaré que les Français aiment leurs soignants…
Selon lui, « toute la Nation » aurait de la reconnaissance envers eux…
 
Alors nous voulons rappeler ceci, à la direction de l’EHPAD de Livry-Gargan, cette si pure et absolue gratitude, des Français envers leur soignants : tous les soignants de l’EHPAD sont aimés de tous les Français, de toute la France. Toute la Nation leur doit une grande reconnaissance. Pour l’esprit de sacrifice dont ils ont fait preuve auprès des personnes âgées, dépendantes, fragiles. Nos grands-mères, nos grands-pères… Lorsque masques et autre matériel manquaient, que les effectifs manquaient, ils n’ont pas abandonné leur poste, ils n’ont pas fui le danger, la maladie… Au péril de leur santé, ils soignaient… Emplis de souci et de culpabilité, ils se rendaient à l’EHPAD, ils se rendaient au travail, s’inquiétant de transmettre un virus dévastateur aux résidents dont ils avaient la charge… Puis, emplis de souci et de culpabilité, ils rentraient chez eux, craignant de transmettre ce même virus à leur propre famille… Sans moyens, sans soutien, ou avec si peu, juste des applaudissements qui ne prémunissent guère contre la contamination, ils allaient remplir leur devoir, honorer leur mission… Cela s’est passé dans le 93, ce département si lourdement touché…
 
Lecteurs, n’est-ce pas que l’amour ne déclenche pas une enquête administrative ? Que l’amour n’exige pas de signer un document mensonger ? Que l’amour ne sanctionne pas lorsque l’on apporte son soutien à une collègue ?
Non, toutes les directions n’aiment pas toujours tous leurs soignants… Malheureusement, nous sommes très nombreux, trop nombreux à le savoir… Malheureusement, nous sommes de plus en plus nombreux à ressentir une très grande amertume…
 
« Les Français aiment leurs soignants ». Mais ce n’est pas de cet amour-là dont ils veulent, d’un amour fait de mots dans un rapport qui les piègent. Heures supplémentaires défiscalisées, flexibilité, prime d’intéressement… etc.… Et aussi cette réforme des retraites, ce projet d’allongement de la vie professionnelle… De cet amour-là, les soignants n’en rêvent pas, leur corps ne s’y trompe pas : ils ont mal…
 
« Les Français aiment leurs soignants ». De telles déclarations, ils peuvent se passer. Les soignants réclament respect et considération. Ils ne veulent pas de mines graves ou apitoyées à l’écran de leur télévision.
Car les soignants se souviennent des fusions, des restructurations, des fermetures de lits, de services, d’hôpitaux, des réaffectations, des mutations, des sous-effectifs, des commissions de disciplines, des convocations abusives… Ils se souviennent des lacrymo, des Forces de l’Ordre qui barrent le passage aux blouses blanches. Le 16 juin 2020, nous étions aux Invalides.
 
A cette déclaration embarrassée Les Français aiment leurs soignants adressée aux soignants par un ministre de la santé, nous répondons respectez-les tels qu’ils sont : excédés mais dévoués.
 
A la déclaration d’amour, nous opposons cette exigence : que cessent les attaques contre les soignants !
 
Le soin, dans cette situation sanitaire extraordinaire qui est la nôtre, alors que nous sommes tous inquiétés d’une manière ou d’une autre, par un virus très contagieux, le soin, écrivons-nous, peut nous relier pour faire exister la vie.
 
Mary Dorsan, soignante en psychiatrie, écrivain
 
Crédit image : Jean-paul Van der Elst

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